Infrastructures défaillantes, manque d'assurance et économie dominée par le commerce... L'incendie du marché de Bouaké dans le centre de la Côte d'Ivoire, durant la nuit de samedi et dimanche, met en lumière la nécessité pour les commerçants et la mairie d'améliorer le modèle économique de la ville.

Une cinquantaine de commerçants affectés, environ cinquante millions de francs CFA de dégâts, l’incendie qui a ravagé une partie du marché de Bouaké ne devrait pas affecter durablement l’économie de la grande ville du centre de la Côte d’Ivoire. Pourtant comme à chaque fois qu’un marché brûle en Afrique, les mêmes questions reviennent sur table. Parmi les plus criantes, celle de l’assurance des biens et des personnes. En théorie obligatoire, cette assurance est rarement souscrite par les commerçants, comme le reconnaît, Soumaïla Doumbia, le président pour la ville de Bouaké de la Fédération nationale des acteurs du commerce.

« Les petits commerçants ne voient pas l’intérêt d’assurer leurs activités. D’abord, ils ont de faibles revenus et, ensuite, le dédommagement par les assurances, ici en Côte d’Ivoire, est problématique. Quand il y a des sinistres, le dédommagement n’est pas facile. Cela fait que les petits commerçants ne s’assurent pas », explique Soumaïla Doumbia.

Un futur grand marché à la sécurité amériolée

Si l’incendie a surpris tout le monde, depuis deux ans déjà la mairie réfléchit aux questions de sécurité et souhaite déménager le marché au bois du centre-ville pour le déplacer dans une zone moins exposée. L’incendie va accélérer ce projet selon le maire de la ville, Nicolas Djibo. « Nous allons aller en périphérie nord, sur la route de Katiola. Nous avons eu un site de cinq hectares où toute cette activité sera déplacée », dit-il.

Le futur grand marché, dont la France finance la construction à hauteur de quarante milliards de CFA permettra sans doute d’améliorer la sécurité. Ce marché ambitionne de faire de Bouaké une plaque tournante régionale. Mais la mairie est bien consciente que l’avenir économique de la ville et notamment ses emplois se joue aussi dans d’autres secteurs.

Faire revenir les entreprises à Bouaké

Autrefois, Bouaké comptait des centaines de PME. Elles sont parties avec la crise de 2002. Nicolas Djibo tente de les faire revenir. « Bouaké était un centre industriel de grande importance, et avec la crise de 2002 de nombreuses entreprises ont baissé pavillon ou ont carrément fermé. Donc, aujourd’hui, l’objectif numéro un est de retrouver le volume d’industrialisation que nous avions dans le temps. Cet objectif est en passe de pouvoir être atteint puisque Bouaké devient aujourd’hui le centre de l’anacarde. Il y a beaucoup d’industries de l’anacarde qui s’installent ici. »

Nicolas Djibo rappelle en outre que le code des investissements prévoit des aides et des allégements fiscaux pour les entreprises qui s’installent dans les régions frappées par la crise de 2002.