En application des mesures de prévention contre le coronavirus, Brazzaville a reporté la table-ronde des bailleurs de ce 19 mars qui se proposait de mobiliser au moins deux milliards de dollars destinés au financement des infrastructures d’intégration sous-régionale. Le pays montre déjà l’exemple en matière d’intégration en inaugurant une route de plus de 300 kilomètres qui le relie au Cameroun voisin. Construite par une firme chinoise, cette voie de communication a été financée à 80% par la Banque africaine de développement.

À mi-chemin entre la localité de Keta et le poste frontalier de Ntam se trouve la ville de Souanké. Ressortissant camerounais la quarantaine révolue, Méféré Mohamed est arrivé dans la zone il y a quinze ans après avoir emprunté une route difficilement praticable. « À l’époque, témoigne-t-il, il n’y avait pas de route entre le Cameroun et le Congo. Pour qu’on arrive ici au Congo, on passait pratiquement un mois. Tout venait du Cameroun : la nutrition, l’habillement et le textile en général sortaient du Cameroun pour le Congo »

Tout comme Mohamed, Henri Zoniaba Ayemessone, ancien élève à Souanké, devenu cadre et député à l’Assemblée nationale éprouve toutes les peines pour se rappeler les tristes souvenirs vécus sur cette route. « C’était le calvaire. Je n’ai pas envie de rappeler ces mauvais souvenirs parce que c’était un parcours du combattant. Ce n’était pas facile. Sans vouloir abuser ou exagérer, de Ouesso à Souanké (sur 260 kilomètres, ndlr) le voyage pouvait durer deux à trois semaines en fonction de l’état des véhicules et de l’énergie des chauffeurs », raconte monsieur Zoniaba Ayemessone.

Une route construite en trois ans

Le partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD), qui a apporté 80% du budget global, a permis de construire en trois ans cette route qui contribue au désenclavement du nord et du sud Cameroun, deux zones aux potentiels agricoles inestimables, riches en bois et en minerais.

« Aujourd’hui avec la venue de la route je crois que nous consommons ici à Souanké le Congo et le Cameroun, notamment les produits qui viennent de Brazzaville et de Pointe-Noire et d’autres qui sortent de Douala et de Yaoundé. Et vice-versa. Cette route de la CEMAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale) nous rend la vie plus facile, plus légère et plus fluide », se réjouit Méféré Mohamed

Valorisation par l'agriculture

Le député Henri Zoniaba Ayemessone conseille à la jeunesse de la Sangha, région traversée par la route de donner vie à cette route par le travail de la terre. « J’invite les populations de la Sangha en particulier et du Congo en général à tout faire pour viabiliser cette route pour lui donner de la valeur en s’intéressant à l’activité agricole. Sinon, à quoi elle nous servirait », conseille-t-il.

Pour Jean-Jacques Bouya, ministre de l’Aménagement du territoire en charge des grands travaux, la route va contribuer entre autres à la réduction des coûts des transports. « En plus d’abréger les peines éprouvées dans la mobilité des biens, services et des personnes, la réalisation de cette infrastructure routière à vocation régionale vient de sonner le glas de l’isolement des populations », analyse M. Bouya.

Après le Gabon en 2014 et le Cameroun à présent, le Congo ambitionne une connexion avec la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.