À l’heure où les économies africaines traversent de nombreuses difficultés, les entreprises françaises qui y travaillent sont elles aussi dans une mauvaise passe. Mais elles peuvent compter sur les mécanismes de soutien à l’export mis en place par Paris.

Laurent Lubrano dirige Fonroche, l’un des leaders de l’éclairage solaire dans le monde. Depuis quelques années, il travaille en Afrique. Il est notamment en train d’installer 50 000 lampadaires solaires au Sénégal et 15 000 au Bénin.

Mais la crise économique qui s’annonce sur les marchés africains l’inquiète. « La conséquence va être sur les projets du futur. Parce que nous sommes devenus un leader mondial de l’éclairage solaire, nous avons d’autres projets en préparation en Afrique de l’Ouest, en Afrique de l’Est. Bien sûr il y a un coup de frein avec la période actuelle. Malgré tout, s’éclairer est un besoin prioritaire, donc nous avons bon espoir, sortis de crise, de pouvoir aller au bout de tous les projets que nous avons dans le monde », déclare Laurent Lubrano.

Ses marchés africains, Fonroche les a aussi remportés grâce à l’appui de BPI France, la banque publique de garantie et de financement, qui soutient notamment les exportateurs. Aujourd’hui, alors que la crise frappe ses marchés, Fonroche a de nouveau besoin de l’aide de BPI. « BPI s’est déjà adaptée pendant la crise en nous faisant des propositions de crédit fournisseur, pour des projets de plus petite envergure. Il y a une réactivité très importante », souligne-il.

Un dispositif qui mêle prêts et garanties publiques

Pour Alain Taïeb, le patron d’AGS-Mobilitas, cette réactivité des organismes français s’est manifestée dès le départ de la pandémie. Spécialisée dans les déménagements internationaux, AGS est présente dans les 54 pays d’Afrique, elle y emploie 2500 personnes. Avec la pandémie son activité s’est effondrée de 75 %. Alain Taïeb a dû recourir aux mécanismes mis en place par l’Etat français et notamment au « Prêt Atout » de BPI.

« On a demandé le Prêt Atout, le maximum donné était de quinze millions (d’euros NDLR), on a eu les quinze millions. Ce sont des prêts donnés aux entreprises pour leur permettre de passer cette phase de crise, remboursables en cinq ans, avec un intérêt de 2 %, et sans remboursement de capital la première année, le temps de retomber sur ses pattes. On a envoyé notre dossier, on a eu la réponse en onze jours », s’exclame-t-il. Puis d’ajouter : « À part cela, l’État a mis en place des prêts à garantie de l’État, des PGE, consistant cette fois-ci à ce que les banques prêtent aux entreprises, mais qu’elles soient garanties à 90 % par l’Etat pour ne pas aller embêter les entreprises à leur demander 46 000 documents, cinquante pièces, des cautions, etc. Ce qui prendrait des mois et des mois. BPI va donc nous permettre de tenir un mois ou deux et les PGE vont nous permettre de relancer la machine pendant la phase de convalescence. »

Inquiète de voir ses entreprises en difficultés sur les marchés extérieurs, la France a donc mis en place dès la fin mars un dispositif de soutien mêlant les prêts et les garanties publiques. BPI France a ainsi multiplié par cinq ses garanties de réassurance, pour les porter à cinq milliards d’euros. C’est à ce prix, juge Paris, que les entreprises tricolores maintiendront leurs parts de marchés en Afrique et dans le monde.