Après une hausse des prix spectaculaire et un grand engouement pour le cobalt, l’enthousiasme est très vite retombé l’année dernière, et les cours ont plongé. « L’or bleu » est pourtant un élément essentiel notamment dans la construction des batteries des voitures électriques. Et plus des deux tiers de l’offre mondiale provient de la RDC, où le cobalt est extrait des gisements de cuivre.

A l’occasion du « Mining Indaba », le grand rendez-vous de l’industrie minière du continent qui se tient du 3 au 6 février 2020 dans la ville du Cap en Afrique du Sud, Afrique Economie une série de quatre reportages sur le secteur minier africain.

Après une hausse des prix de 300 % en deux ans, le marché du cobalt s’est subitement effondré fin 2018. Et pourtant, l’intérêt mondial n’a lui pas disparu. Le métal est considéré comme « stratégique » par les États-Unis et l’Union européenne. Et la construction de véhicules électriques devrait s’intensifier d’ici 2030. Caspar Rawles, analyste à Benchmark Mineral, explique ce paradoxe : « Le cobalt est produit en RDC, mais la transformation de ce minerai se passe en Chine. La Chine a le plus grand marché pour les véhicules électriques, mais elle s’attendait peut-être à une augmentation plus rapide de la demande. Donc on a vu une extension des capacités, et l’augmentation des volumes de production dans les contrats, mais en réalité, cela prend plus longtemps que prévu pour que demande se développe. »

Cela a notamment conduit la société Glencore à fermer sa mine de Mutanda pour au moins deux ans. Cible des critiques également, le nouveau Code minier congolais, qui prévoit une augmentation des taxes, et permet au Premier ministre d’appliquer des exceptions pour certaines régions. Le ministre des Mines, Willy Kitobo Samsoni, a tenu a rassurer les investisseurs : « Nous l’avons vu dans d’autres pays, lorsqu’on fait de nouvelles législations, il y a toujours des hésitations. Mais la législation que nous avons aujourd’hui permet encore aux gens d’investir et d’avoir bien sûr des bénéfices. Mais elle permet aussi aux Congolais de s’y retrouver », assure-t-il.

L'image qui entache la filière du cobalt

La filière du cobalt a aussi une mauvaise image, entre autres à cause du travail des enfants dans les mines artisanales dénoncé par les associations des droits de l'homme. Selon Kirsten Hund de la Banque mondiale, le pays devra travailler sur cette réputation : « Si vos minerais sont utilisés pour des produits qui développent des énergies propres, les gens qui les achètent veulent en avoir une bonne impression. Ce qui veut dire qu’il y a plus de pression sur la façon donc ces minerais ont été produits. Et pour moi, cela va même au-delà du travail des enfants dans les mines artisanales. Cela concerne les questions sociales, de gouvernance et d’environnement ; comment s’assurer que l’extraction se déroule de la façon la plus soutenable », détaille Kirsten Hund.

Pour Claude Kabemba, directeur de l’Observatoire des ressources naturelles d’Afrique australe, Kinshasa va donc devoir gérer sa filière de façon stratégique : « Il y a des consommateurs qui cherchent d’autres produits pour remplacer le cobalt. Ça doit inquiéter le gouvernement congolais. Le Congo doit essayer à tout prix que le cobalt soit exploité pendant ce temps. »

L'État congolais a l’ambition de contrôler davantage la filière, et donc les prix, en achetant la production des mineurs artisanaux, qui correspond parfois jusqu’à 20% du cobalt extrait des mines du pays.