Le nouveau président en exercice de l’Union africaine, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a annoncé qu’il entendait accélérer la mise en œuvre de la Zlecaf, la zone de libre-échange continentale. Un sujet qui passionne les Africains et aussi leurs partenaires européens. Enjeux du libre-échange en Afrique, c’était d’ailleurs le thème du forum Afrique 2020 qui s’est tenu à Paris la semaine dernière sous l’égide du magazine « Le MOCI », le moniteur du commerce international.

L'avènement de l’ère du commerce intra-africain sans droits de douane est très attendu, avec les mêmes normes partout et avec des facilités financières pour toutes celles et ceux qui investissent dans la zone de libre-échange continental. Mais il ne sera effectif qu’à long terme, selon Marc Bandelier, directeur général de CFAO FMGG & AGRI, qui fabrique en Afrique et distribue des produits agro-industriels dans 12 à 13 pays du continent.

« Les priorités des gouvernements tournent autour du développement endogène. C’est un développement basé sur la structuration des filières agricoles, mais aussi l’industrialisation et la valorisation des produits, pour éviter que l’Afrique reste dans une dépendance alimentaire des importations de pays étrangers. »

Des ensembles économiques régionaux existent déjà et peuvent contribuer à la construction de la Zlecaf, même si un pays comme le Nigeria a fermé ses frontières terrestres pour protéger ses filières agricoles. Une décision qui ne va pas dans le sens de la construction de la zone de libre-échange continental, dont l’objectif est d’échanger, sans taxes, 90% des marchandises produites localement. Mais les freins à la construction de la zone sont ailleurs. Axel de La Maisonneuve, chef d’unité adjoint chargé du commerce et du secteur privé à la Commission de l’Union européenne.

« Les marchés africains en général sont trop étroits pour permettre aux entreprises d’investir et de se développer. Donc, il faut passer à l’échelle régionale, voire continentale pour avoir des marchés porteurs de croissance pour les entreprises. En même temps, il faut construire les pôles de compétitivité africaine et s’il faut que ça se fasse en protégeant les industries naissantes. Un accord de libre-échange ne signifie pas qu’on libéralise tous les produits d’un coup. Il y a des possibilités de protéger certains secteurs, certaines entreprises. »

Un secteur est déjà en avance dans l’intégration économique continentale, selon Laurent Gizardin, directeur des affaires et du développement international d’Ascoma.

« Dans notre secteur d’activité qui est l’assurance et la gestion des risques sur lequel nous opérons depuis 70 ans en Afrique dans une 22 pays directement et dans tous les autres avec des partenaires, cette zone de libre-échange, en tout cas dans 14 pays, elle existe déjà. Parce que les États ont réussi à s’entendre pour harmoniser les règlementations, faire des formations. Cette zone représente certes 1% des primes d’assurances mondiales, mais c’est un marché qui fonctionne et qui a vocation à s’étendre aux 54 pays de la zone. »

Parmi les obstacles à la zone de libre-échange continental africaine, il y a le faible réseau des transports, ce qui fait que les prix des produits alimentaires importés d’Europe et d’Asie, comme le poulet et le riz, restent encore moins chers par rapport aux prix de la production africaine.