Un ancien producteur de maïs sud-africain a décidé de se lancer dans une aventure un peu folle : créer un vignoble à partir de rien, au nord-ouest du pays, au pied du Drakensberg, « les montagnes du dragon » en afrikaans. Cathedral Peak, près du Lesotho, produit désormais entre 50 000 et 70 000 bouteilles par an.

Mauritz Koster a donné à son vignoble le nom d’un sommet de la chaîne de montagnes que l’on aperçoit depuis le domaine. C’est à ici, à 1100 mètres d’altitude, qu’il a décidé de se lancer dans l’aventure viticole : « En 1996, le prix du maïs est descendu très bas, nous n’arrivions plus à en vivre. Alors l’association des fermiers a payé une étude pour voir quelles cultures alternatives étaient possibles. Le raisin est arrivé en 3e position. Et moi j’avais toujours voulu me lancer dans le vin ! Donc en 2007 j’ai planté les deux premiers hectares, un hectare de pinotage, et un hectare de merlot. »

La vue du domaine est à couper le souffle. Mais l’endroit est-il adéquat pour faire du bon vin ? Le pari est loin d’être gagné. Mauritz se lance dans la vinification, mais son premier millésime, le 2011, n’est pas vraiment un succès : « J’ai pris trois jours de cours de vinification, alors bon ce n’était pas un très très bon vin. Mais bon on l’a bu et ça nous a montré que c’était possible de faire pousser du raisin ici, et faire du vin de qualité. »

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Le vin, une affaire de famille pour les Smith

C’est désormais Philip Smith, dit Flip, qui est le viticulteur officiel de Cathedral Peak. Chez les Smith, le vin, c’est une affaire de famille : après avoir appris le métier auprès de son père dans la région du Cap-Occidental, Flip travaille désormais ici, avec ses fils. Il a été attiré par le goût du défi : « Quand j’étais dans le Cap-Occidental, les gars là-bas me répétaient que c’était impossible de faire du vin dans le KwaZulu-Natal. Pour moi, c’était un beau challenge de leur montrer que si, c’est possible. »

Si le vignoble n’a pas à se soucier des épisodes de sécheresse, qui touchent de plus en plus sévèrement la région du Cap, Philip Smith a aussi dû apprivoiser des conditions climatiques nouvelles : « Il faut surveiller de très près la météo tous les jours, et il faut bien planifier sa récolte au bon moment. Certaines années, cela nous arrive d’avoir des gelées noires. Et puis il a fallu adapter des dosages de levures différents pour que cela fonctionne ici. Avec les pluies d’été, le niveau en alcool est plus bas dans nos vins, ça n’a rien à voir avec le vin très corsé du Cap-Occidental. »

Pari réussi, puisque le domaine a remporté plusieurs prix au concours de vins sud-africains Michelangelo. Un nouveau défi attend désormais ces deux pionniers de la vigne : le gouvernement les subventionne pour qu’ils forment les fermiers noirs locaux, alors que le débat autour de l’accaparement des terres fait rage. Cathedral Peak n’a donc pas fini de viser de nouvelles frontières.