Le « Mining Indaba », le grand rendez-vous de l’industrie minière du continent, s’est terminé ce jeudi 6 février dans la ville du Cap, en Afrique du Sud. Suite et fin de notre série de reportages sur le secteur minier africain.

La transition écologique a des conséquences sur le prix de métaux peu connu du groupe des platines :  le rhodium d’une part, qui remporte la palme du métal le plus cher du monde, huit fois plus cher que l’or, et dans une moindre mesure le palladium.

Avec la Russie, l’Afrique du Sud est l’un des plus gros producteurs de rhodium et de palladium, tous deux extraits de ses mines de platine. Ces métaux produits en petite quantité se révèlent essentiels dans la fabrication des pots d’échappement des voitures, puisqu’ils permettent de limiter l’émission de gaz polluants.

Une once de rhodium coûte désormais plus de 9 000 dollars ! Sur les quatre dernières années, le métal a vu sa valeur être multipliée par 12. Cette hausse des prix s’explique par la loi de l’offre et de la demande selon Arnold van Graan, analyste pour Nedbank : « Il y a une pénurie de métaux. Cette dernière décennie, les mines en Afrique du Sud ont réduit leurs dépenses, elles ont fermé des exploitations, ce qui a fait diminuer la production. Et d’autre part on a vu se renforcer les réglementations pour réduire les émissions du côté de l’industrie automobile. Résultat : cela a fait augmenter la demande des constructeurs, qui doivent réduire les gaz d’échappement. Et donc, à cause de tout cela, les prix augmentent. »

La demande augmente

C’est en tout cas une bonne nouvelle pour les mines de platine sud-africaines, comme Siyanda Bakgatla. Imraan Osman en est le directeur financier : « Quand nous avons fait l’acquisition de la mine, les prix étaient bas et ils le sont restés en 2018, cela nous a posé des problèmes en termes de liquidités. Nous avons vu une amélioration au cours du deuxième trimestre de 2019, cela nous a beaucoup soulagés. Les mines dans notre secteur qui étaient en difficulté et de faisaient pas d’argent sont désormais rouvertes, et on extraie davantage. »

Le scandale Volkswagen a notamment contribué à stimuler la demande du secteur automobile, qui cherche à capturer les émissions d’oxyde d’azote. Selon Arnold van Graan, les risques de pénurie de rhodium et de palladium sont là pour durer : « Nous pensons que les fondamentaux du marché du groupe du platine sont sains et que ce n’est pas qu’un effet de court terme. D’habitude, quand il y a ces fortes hausses, on observe un ajustement rapide de l’offre, c’est-à-dire de nouvelles mines qui ouvrent vite. Mais en Afrique du Sud, c’est compliqué, car il n’y a pas le capital, et il y a beaucoup de procédures à respecter. Et de son côté, la demande répond à la mise en place de lois, donc ce n’est pas une mode qui peut disparaître soudainement. »

Prudence sur le long terme

Henk Langenhoven, du Conseil sud-africain des mines, incite toutefois à la prudence sur le long terme. « La grosse incertitude pour les mines, c’est que personne ne sait vraiment quelle technologie sera la principale dans le futur. Et comme la technologie n’est pas encore figée, si certains métaux sont trop chers, les entreprises chercheront une alternative. C’est une aubaine pour l’instant, on espère que cela continue, mais on ne peut pas savoir », explique-t-il.

Ces prix alléchants poussent également la compagnie canadienne Ivanhoe à étudier un début d’exploitation plus rapide que prévu de sa mine du Platreef, au nord de Pretoria.