A partir de ce vendredi, l’Afrique du Sud allège son confinement, jusque-là très strict. Le pays compte 5 647 cas positifs de coronavirus sur son territoire, et déplore 103 victimes. Désormais, certaines entreprises pourront, sous conditions, reprendre leurs activités, une décision pour desserrer l’étau économique qui se referme de plus en plus sur l’Afrique du Sud. L’agence Standard & Poor’s a d’ailleurs dégradé sa note pour le pays cette semaine.

Le gouvernement autorise également à nouveau les exportations de vin sud-africain, alors que le pays est le neuvième producteur mondial. Une très bonne nouvelle pour l’industrie, qui a lourdement souffert ces dernières semaines des différentes restrictions mises en place.

Rob Armstrong est à la tête d’une ferme familiale près du Cap. En début d’année, il a terminé de justesse les vendanges de son vignoble de 12 hectares, le Haut-Espoir. Alors que les ventes d’alcool dans le pays sont toujours interdites, et que les exportations étaient impossibles jusqu’à aujourd’hui, les semaines qui viennent de s’écouler étaient très difficiles pour lui : « Je n’ai plus de trésorerie, plus d’argent qui rentre, tout est dépensé ! Entre 50 et 60% de ma production est vendue localement, donc l’interdiction de la vente dans le pays a eu d’énormes conséquences sur mon entreprise. Et ensuite on nous a dit qu’on ne pouvait plus exporter, ce qui était ma seule entrée d’argent envisageable dans les prochaines semaines. Les changements constants du gouvernement sur ce qui est autorisé ou non, m’empêchent de m’organiser, et je pense que c’est le plus gros problème. »

Après beaucoup d’hésitation, le gouvernement a donc finalement autorisé à nouveau les exportations. De quoi redonner un peu d’espoir au secteur, même si les ventes locales sont, elles, toujours interdites, selon Maryna Carlow. Elle travaille pour l’organisme WOSA (Wines Of South Africa) qui représente les exportateurs :« Sur les cinq dernières semaines, on peut estimer que les pertes sur les ventes totales de vin ont sans doute atteint près de 100 millions d’euros. Si la situation doit perdurer, cela sera probablement très dur pour les plus petits producteurs. On espère que les ventes pourront vite reprendre leur cours normal. »

Mais certains clients ont peut-être dû se tourner en temps vers d’autres fournisseurs. David Finlayson espère limiter les pertes pour son vignoble Edgebaston Wines. « Avec mes clients directs, cela devrait aller, car j’ai construit une relation solide avec eux depuis 15 ou 20 ans. Mais le problème, c’est plus avec les magasins et les détaillants. S’ils ne trouvent pas de vins sud-africains, ils achètent ailleurs. »

Carolyn Martin, à la tête du vignoble Creation Wines, tente désormais de développer de nouvelles stratégies alors que le retour à la normale pourrait prendre du temps. « On sait qu’on a devant nous au moins six mois de difficultés à surmonter parce qu’on ne repose pas seulement sur les ventes de vin, mais aussi sur les visites touristiques. Et cela va prendre du temps avant que les visiteurs ne sautent à nouveau dans des avions. Et puis, en ce qui concerne les exportations, beaucoup d’agents travaillent avec des restaurants qui sont aussi touchés par le Covid-19 à travers le monde. »

Le secteur emploie près de 300 000 personnes de façon indirecte. Et la production de vin se trouve en deuxième place des exportations agricoles du pays.